LE CAHIER - Prologue

PROLOGUE

 

Michel reposa le porte-plume sur le bord incurvé de l’encrier et reboucha le flacon. Il poussa le coffret d’écriture au fond du bureau, posa ses lunettes et resta de longues minutes perdu dans ses pensées, la main posée sur la couverture du cahier.
Revenant subitement dans la réalité, il secoua la tête comme pour en chasser les idées qui pourraient le détourner de son but, un regret qui pourrait au dernier moment le retenir. Il se leva, prit le cahier contre lui et monta au grenier. Dans le silence de la maison, résonnèrent des bruits sourds : meubles que l’on déplace, objet qui tombe sur le sol, bruits de pas… puis le silence revint.
Dehors, la nuit était d’encre. La nature dormait d’un sommeil paisible. Seuls quelques grillons en balade parsemaient l’air de leur présence bruyante.
Il descendit au rez-de-chaussée, posant un regard ému sur les choses de sa vie, fit le tour de la maison, effleurant au hasard un objet, un livre, une photo… Un sourire, parfois, se posait sur ses lèvres à l’évocation d’un souvenir qui remontait en sa mémoire, ou son regard s’assombrissait d’un reflet de tristesse.
Il vérifia portes et volets et remonta lentement dans sa chambre.
Tout était en ordre.
Le vieil homme s’assit sur le lit, prit sur la table de chevet la petite fiole bleutée qui brillait sous la lumière de la lampe, la leva à hauteur de son regard… Il ne restait au fond que quelques gouttes d’un liquide incolore.
Il le secoua comme pour en vérifier la présence, puis, soulevant le minuscule bouchon en forme de cloche, il porta la fiole à ses lèvres, la laissant suspendue longtemps contre sa bouche, pour n’en manquer aucune goutte.
Il grimaça… le liquide était amer.
Le flacon dans la main, il se dirigea jusqu’au bureau. Il avait une dernière chose à faire, mais il savait qu’il avait du temps. Saisissant une petite sculpture qui maintenait quelques livres, il brisa la fiole d’un coup sec, ramassa les morceaux dans une feuille et les jeta dans la poubelle.
D’ici qu’on la trouve, le liquide se sera évaporé. Dans la poubelle du bureau, on pensera tout simplement à un flacon d’encre… Tout le monde sait que je n’écris qu’avec ça !
Michel s’assit un instant au bureau, mit la main dans la poche de sa veste d’intérieur et en sortit un trousseau de clés. Il ouvrit un petit tiroir caché dans l’épaisseur du plateau, mit les clés à l’intérieur et le referma lentement.
Retournant au lit, il s’allongea, prit un livre qu’il posa près de lui, ferma les yeux… emportant dans son éternité le visage triste d’une toute jeune fille aux yeux d’azur.
— Violetta, murmura-t-il dans son dernier soupir...

En phase relecture/correction... sortie prévue en 2012

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04-01-2012 | 123 vues

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